
Association loi 1901 reconnue de bienfaisance
24 rue de la Part-Dieu 69003 LYON | tél. 04.72.56.03.09 - fax 04.72.41.94.97 | entraids@entraids.org
Il est difficile aujourd'hui d’aborder le thème de la maltraitance. En effet, cette dernière fait l’objet d’une attention exacerbée en se déclinant en un ensemble de notions telles que le harcèlement, la vexation, l’abus, sur lesquelles la pensée glisse sans s’y arrêter. Le « ça me fait violence » que l’on dit et entend souvent cristallise ce glissement qui n’ouvre en effet à aucune insertion possible de la pensée.
La personne maltraitante est alors mise à l’index, parfois exclue et doit assumer seule la responsabilité de ses actes. Sa souffrance est déniée, l’attention ne se porte plus que sur la victime et la vie pulsionnelle est réduite à l’instinct, biologisée.
Parallèlement, une maltraitance insidieuse érode la vie quotidienne en agissant sous des formes de plus en plus pernicieuses. Le comportement des professionnels, mais également celui des parents, voire des enfants entre eux, est vu sous un regard scrutateur et mercantile. La dimension inconsciente de la souffrance n'est pas prise en compte et la question de la responsabilité collective ne se pose pas.
Un soupçon permanent pèse sur le travail clinique en le soumettant à évaluation. La norme et l’accusation prennent le pas sur le discernement subjectif.
Ceci a pour effet de provoquer un climat de suspicion et des comportements de sidération qui ne sont pas sans effet sur la relation de soin. Les situations qui demanderaient un véritable engagement des professionnels en vue d’une prise en charge pluridisciplinaire sont passées sous silence. Alors que la notion de maltraitance cache une violence plus profonde, plus archaïque, sous l’emprise du refoulé.
Dans ce contexte, où il est difficile à l’approche psychanalytique de maintenir un espace de pensée, la bienveillance est mise au rang d’un sentimentalisme de bonne volonté et la dimension poétique considérée comme une supercherie qui s’opposerait à l’esprit scientifique.
Nous tenterons durant ces deux jours, de penser la bienveillance non pas comme une stratégie à mettre en place contre la maltraitance mais comme la structure même du désir inconscient, point d’appui de toute relation de soin.
Jean-Marie Quéré
Psychanalyste