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Prendre soin de celui qui souffre n’est pas forcément le guérir de sa pathologie. Mais il s’agit bien
cependant de guérir d’une souffrance qui est celle de l’identification à la maladie.
Soigner, c’est répondre aux besoins dans l’ordre de la satisfaction. Guérir, c’est considérer la parole
comme facteur de changement.
Prendre soin à travers la relation de transfert c’est autant soigner que guérir. Parce qu’il ne peut y
avoir l’un sans l’autre.
Il n’est pas possible de travailler à Entr’Aids sans être impliqué dans cette double dimension.
La gratuité pour les patients garantit une relation de soin désintéressée, c'est-à-dire qui ne nécessite
pas de résultat.
Il ne peut y avoir à Entr’Aids de rapport donnant-donnant. C’est cela la gratuité. Les patients ne doivent rien à Entr’Aids : ni la reconnaissance, ni d’aller mieux pour nous faire
plaisir, encore moins de guérir. Le SIDA dans sa définition empêche cela.
Cela signifie que ce n’est pas l’adhésion du patient que nous cherchons. Il s’agit pour nous de rencontrer ce qu’il y a de désir en chacun, là même où la maladie, par sa réalité, vient l’occulter ou le rendre inaccessible.
La gratuité garantit l’attachement au désir plutôt qu’à la volonté. La volonté de guérir n’a pas de réalité dans la pathologie SIDA. Il s’agit de répondre de ce qui en chacun de nous reste inaltérable : le rapport à la parole dans sa dimension tierce. Les organismes financeurs, dans leur implication politique, en sont les garants.
Dès le début d’Entr'Aids s'est posée maintes fois la question de ce que nous y faisions.
Ce que nous savions répondre, c’est que chacun de nous ne faisait pas ici que ce qu'il savait faire
ailleurs : l’infirmière du soin technique, le psychanalyste des entretiens psychologiques, l’assistante
sociale des instructions de dossier ou les assistants administratifs de l’accueil téléphonique ou des
courriers.
Ce quelque chose de différent, qui n’était pas en plus de notre pratique mais plutôt une manière différente de travailler et d’envisager la relation avec les patients, nous ne savions pas le nommer autrement que coordination de soins : il s’agissait d’entendre ce que le patient disait des difficultés qu’il rencontrait et, à partir de là, l’aider à lire une ordonnance, participer à mettre en contact un médecin généraliste avec un service hospitalier, accompagner un autre dans les arcanes de l'administration ou encore former des infirmières libérales à la prise en charge à domicile de soins lourds et spécifiques.
Très vite, nous avons été confrontés à la limite de notre savoir-faire mis en échec par la complexité
de la pathologie SIDA.
D’autre part, nous rencontrions un certain nombre de patients refusant de s’inscrire dans une
démarche de soin. Nous avons alors souvent été confrontés à notre impuissance.
Cependant, nous constations que l’investissement des patients vis-à-vis d’Entr’Aids avait, sans que
nous le voulions vraiment, quelque chose de particulier.
C’est le travail régulier et rigoureux auquel nous convoque la psychanalyse, qui nous a permis, à
partir des situations cliniques quotidiennes, d’enrichir notre élaboration théorique et de trouver
progressivement une qualité d’être autorisant une parole qui aidait à instaurer le lien que ces patients
venaient chercher, souvent sans le savoir.
Ce travail de réflexion et d’élaboration est venu à la fois confirmer ce que nous faisions et changer
quelque chose dans notre pratique. Les situations les plus difficiles trouvaient un apaisement et les
situations de rupture devenaient de plus en plus rares.
Notre pratique se structurait permettant de rendre compte de la particularité de chaque expérience et
invitant chacun à remettre sa compétence sur le métier, enrichi et plus apaisé.
Ce n'est qu'à ce titre que la psychanalyse fût et reste un appui : non comme une théorie et encore
moins une idéologie qui donneraient l’illusion de posséder les situations cliniques qui en réalité nous
échappent mais bien comme ce qu’elle étudie : les effets de la parole sur nous et entre nous.
La psychanalyse nous apprend à parler.
Parler conduit à une certaine solitude tout en révélant ce qu'est la présence à soi et aux autres,
présence qui nous convoque à être là chaque fois qu’une situation trop difficile à supporter nous fait
fuir.
Il n’y a pas de financement sans politique de biens communs. Entr’Aids s’inscrit de par son histoire
dans la politique de santé publique.
Cette référence ne peut se découvrir que dans un travail de réflexion commune avec chacun des
financeurs.
L’équilibre entre financements publics, privés et ressources propres est sans cesse recherché. Nous
ne pourrions prendre appui sur un seul de ces financements au risque de ne plus garantir l’accès du
soin à chacun.
Dans cet équilibre recherché nous ne pouvons nous réclamer d’une approche qui ciblerait tel ou tel
groupe de personnes.